Je n’étais pas fermée à l’idée mais pour être honnête, je ne comprenais pas vraiment ce qu’était une UEMA. Et encore moins l’intérêt qu’il pouvait y avoir à mettre ma fille « là-dedans », comme on dit parfois, à demi-mot.
La première fois qu’on en a parlé, ce n’est même pas venu de nous. C’est la pédopsychiatre qui l’a évoqué. Léa était plus jeune, c’était donc une UEMA qui avait été proposée. À l’époque, les places étaient encore plus rares qu’aujourd’hui, la demande n’a pas été octroyée. On s’en est pas trop souciés car oui on croyait encore exclusivement en l’école inclusive. On pensait que c’était ça, le bon chemin pour Léa. L’idée est restée floue, un peu distante.
Le temps a passé, Léa a grandi, et l’UEMA est restée une piste écartée. Elle a été orientée vers un SESSAD, avec une scolarisation en milieu ordinaire. Et c’est là que les choses sont devenues plus claires. Suite aux échanges avec certains professionnels du SESSAD, et surtout grâce à nos recherches personnelles, nos lectures, nos questionnements, nos doutes. Petit à petit, l’évidence s’est imposée : ce qu’on proposait à Léa ne suffisait pas. Pas parce qu’elle ne voulait pas apprendre. Mais parce que le cadre ne lui était pas adapté.

Lorsqu’un enfant est porteur d’un TSA, le cadre dans lequel il évolue n’est pas un simple “décor scolaire”. Il devient une brique fondamentale de son bien-être, de sa sécurité émotionnelle, et donc de ses capacités d’apprentissage. À cet âge-là, Léa avait besoin de repères stables, de gestes clairs, de rythmes prévisibles, d’adultes formés à décrypter ses signaux parfois invisibles aux yeux des autres. Ce que certains appellent “petits détails” comme le bruit, la lumière, la posture de l’adulte, l’espace entre les tables, sont parfois des déclencheurs invisibles mais violents pour un enfant autiste. Et dans un cadre inadapté, elle ne s’épanouissait pas. Elle se figeait, pleurait ou se stimulait en courant, etc…Sans que personne ne s’en aperçoive vraiment, elle devait composer avec tellement de pierres sur son chemin que, avec le recul, je me dis que c’était vraiment trop pour un si petit chou.
C’est à ce moment-là qu’on a compris ce qu’aurait pu lui apporter une UEMA, ou une structure équivalente. Mais il était trop tard. Alors la Belgique s’est imposée. Non pas comme une fuite, mais comme une décision : celle de lui donner toutes ses chances.
Aujourd’hui, Léa a obtenu le sésame : une orientation vers une UEEA, validée par la MDPH. Léa y entrera peut-être, elle est sur liste d’attente.
Si Léa doit de nouveau s’adapter à des copains neurotypiques (ce qui a aussi des avantages), il est évident que ces dispositifs adaptés aux enfants autistes sont vraiment nécessaires et constitueraient un atout indéniable pour son développement actuel. Il ne faut pas les craindre, ni les rejeter sans comprendre. Car il ne s’agit pas de “mettre son enfant quelque part”, mais de lui donner ce dont il a besoin pour s’épanouir.
