Fragment #1 — On se bat
On vole en éclats.
On recolle, même quand ça cogne trop fort.
On se bat, même quand on saigne.
On tient, parce qu’on ne sait pas faire autrement.
Pour Léa. Un peu pour soi.
Parce qu’elle se lève chaque matin avec ce courage muet.
Parce qu’elle avance, sans carte ni repères.
Parce qu’elle nous enseigne l’essentiel :
être là, entière, au présent, pleinement vivante.
Et parce qu’elle ose traverser ses peurs.
On se bande les mains.
Et on affronte la vie.
Fragment #2 — Ce que je réaligne
Ce que je réaligne,
ce n’est pas juste un morceau de moi.
C’est ma paix.
Mon tout.
Ma voix, quand elle a trop tremblé.
Ma créativité, quand elle s’est figée.
Ma lucidité, quand elle s’est broyée dans le brouhaha.
Et sûrement bien plus encore.
Je ne fais pas de bruit.
Ou je mets la musique à fond.
Je ne prends plus de nouvelles.
Je ne dramatise pas.
J’accueille ce moment.
Je me réaligne.
Calmement, je me recharge.
Parce que je sais ce que ça vaut.
Et ce que ça coûte.
Fragment #3 — L’amour CDD
Seul l’amour parental est réellement inconditionnel.
Et le tien ?
L’amour que j’offre ne ressemble à rien.
Il n’a pas de date.
Pas de code.
Pas de costume à enfiler.
Il ne crie pas “je t’aime” dans un moment parfait, ni un monde parfait.
Il se glisse dans un silence. Dans une présence. Dans un monde différent.
Il s’attarde dans un regard qu’on ne capte pas. Dans une main discrète, presque invisible. Une présence qui apaise sans peser.
Je n’aime pas comme on l’entend ni attend.
Je ne donne pas ce qu’on pense devoir recevoir.
Mais je suis là, parfois.
Si mon amour échappe,
c’est parce qu’il est fait pour rester sincère. Il n’est pas un récit hollywoodien.
Et si tu ne le reconnais pas,
c’est que tu cherches encore le tien dans le mien.
Fragment #4 — J’ai raté beaucoup de chemins
Certains, je les ai laissés passer.
Par peur. Par stupeur.
D’autres, je ne les ai même pas regardés.
Parce qu’en réalité, ils n’avaient ni sens ni évidence.
Longtemps, cela m’a frustrée.
Cette impression d’avoir été absente de ma propre vie.
De n’avoir pas vraiment tenté.
De m’être contentée.
Puis la vie, elle, m’a défiée.
Sur d’autres terrains.
Des plus durs.
Des plus vrais.
Pas ceux que j’avais choisis.
Mais ceux que j’ai acceptés.
Je ne parle pas de destin.
Je parle de la vie.
De chaque matin.
J’ai fait la paix avec l’idée que certaines routes…
ne sont pas le bon chemin.
Et qu’il y a de la beauté, même dans ce qui n’a pas eu lieu.
Fragment #5 — Ce que je garde
Ce que je garde,
ce ne sont pas des secrets.
Ce sont des lumières.
Des choses qui brûlent trop fort pour être partagées à moitié.
Des silences pleins à craquer.
Des souvenirs.
Des choix que personne ne devrait comprendre.
Et parfois même…
des joies trop intimes pour les offrir.
Comme l’Amêndoa Amarga,
une fois broyée, macérée, distillée,
les traces de cyanure et le goût amer sont complètement éliminés.
Comme toutes les bonnes liqueurs,
elle n’a pas de place précise de consommation.
Elle s’impose, pure.
On la boit.
Ou on s’abstient.
Fragment #6 — Miroir
Les autres ne voient que ce qu’ils veulent voir.
Un sourire.
Une plaisanterie.
Une réponse polie.
Une présence fonctionnelle.
Ils ne voient pas ce que je vois.
Regarder avec mes yeux, c’est pesant.
Enivrant.
Parfois dérangeant.
Ils ne voient pas l’effort de rester en surface.
De ne pas laisser de traces.
Je les laisse penser.
Ils ne perçoivent que l’écho.
Jamais le vibrato.
Et c’est peut-être mieux ainsi.
Et si je dis ça,
ce n’est pas pour me réhabiliter.
J’en ai rien à cirer.
Fragment #7 — Mue
Un bruit de peau qui se détache.
Même pas mal.
208 os dans le corps.
Ça en fait, des possibilités d’avoir mal.
Et pourtant…
Il ne s’agit parfois que d’une mue.
Pas une déchirure.
Pas un effondrement.
Juste un corps qui se transforme.
Qui se déforme.
Ou retrouve sa forme.
L’enveloppe, tant qu’on est vivant,
elle a toujours son intérêt.
Il s’agit d’un saut à l’élastique.
Pas d’une chute.
Interlude — Partition muette
Procrastination lente, agonie dans un corps rigide, comme emmitouflé en lui-même.
Déversant des mots comme une mer agitée d’où aucun marin ne s’est noyé.
Transposant des idées comme une autoroute bondée d’où aucun chauffeur ne s’est tué.
Las d’être désarticulé dans une décrépitude, la rapidité et le mouvement réaniment.
J’étais comme un pianiste qui ne jouait plus sa partition, perdue dans un labyrinthe d’émotions.
Cruelles sensations, pénibles illusions, danses mentales et tourbillons d’intuitions.
Saisissante sensibilité désincarnée par une musique trompeuse, perdue dans un désert de frissons.