Je suis profondément reconnaissante envers la Belgique. Et tout particulièrement envers la Wallonie, pour son accueil, pour l’écoute, pour la possibilité de reconstruire… un peu.
Ce n’est pas une parenthèse, ni un simple détour. Ce passage de ma vie aura été constructif, dans tous les sens du terme : pour Léa, pour moi, et malgré tout ce que cela a impliqué… pour notre équilibre, même s’il est encore fragile, morcelé.
La Belgique vivra en moi, quoi qu’il arrive. Elle a été un refuge, une pause, une impulsion. Et c’est un bout de chemin que je n’oublierai jamais. Peut-être encore plus pour les visages croisés que pour les lieux eux-mêmes.
Ceux de ces mères cabossées par la vie, fatiguées, parfois à bout, souvent seules. Celles dont les enfants ne parlent pas, et ne parleront sans doute jamais. Celles qui se prennent des coups, parfois, en silence. Un silence qu’elles tiennent, par pudeur ou fatigue mais qu’il leur arrive de briser. Juste un instant. Avant de se relever pour eux.
Des parcours sans éclat, sans lumière médiatique, sans reconnaissance. Mais avec une force incroyable. Une dignité silencieuse.
Et puis une forme de solidarité. Une compassion qui ne s’impose pas mais qui s’installe. À leur contact, j’ai appris à regarder autrement. À me taire parfois. À laisser tomber certaines certitudes. Peut-être… avec cette humilité légendaire belge 😉.
Et parmi ces visages, il y a aussi celui de l’enseignante. Toujours dans le dialogue, toujours bienveillante, même les jours où ce n’était pas évident. Mais aussi le visage de cette jeune fille dont je tairai le nom, ses cheveux blonds et sa frimousse encore pouponne me donnaient l’espoir que peut être ma fille aussi pourrait un jour sembler aussi banalement « classique ».
Mais si je devais nommer la plus grande difficulté rencontrée ici, ce serait l’absence. Celle du conjoint. Celle du père. Celle de ce pilier qu’on espère toujours partager, surtout dans des traversées comme celle-là.
Dans cet espace particulier, où le temps n’a pas eu d’emprise, cette absence, elle, n’a jamais cessé de peser. C’est peut-être ça, aussi, qu’on ramène avec soi : la force qu’il a fallu puiser seule, dans un quotidien qu’on imaginait à deux.
Ce n’est pas sans émotion que je dirai au revoir… et merci.
