LEA ET MOI

Ces deux années furent un cocktail d’émotions, celui dont l’alcool enivre et désinhibe le lien filial. Il a fallu apprendre à regarder l’autre dans toute sa dimension ; qualités et défauts mêlés. Lentement, un nouveau lien s’est inventé, et à chaque regard, on était plus proche de notre vérité.

Rien n’a été inné. Ce lien, on l’a bâti, jour après jour, dans la réalité d’un trouble du spectre autistique. L’amour, lui, était là. Immédiat. Inconditionnel. C’est peut-être ce qui rendait tout plus douloureux encore : Être parfois rejetée sans détour. Ignorée. Ne pas entendre un simple « maman » . Mais j’ai appris à décoder ses silences. À anticiper ses besoins. Et parfois… je me trompe. Aucun manuel de survie n’anticipe, l’ébranlement d’un amour mère/fille.

Nous avons passé beaucoup de temps toutes les deux, notamment la première année où elle était très peu prise en charge. Cela a noué entre nous une relation puissante, presque instinctive. Puis Léa a commencé à sortir de sa bulle, à tendre la main aux autres, dans un cadre encore fragile. Les colères, les frustrations, les violences douces-amères faisaient encore partie du chemin.

Rien ne m’a fait renoncer. Parce que ce lien est aussi fait d’humour, d’originalité, et d’une tendresse sans égal.

« La valeur des choses n’est pas dans la durée, mais dans l’intensité où elles arrivent. C’est pour cela qu’il existe des moments inoubliables, des choses inexplicables et des personnes incomparables. »

Fernando Pessoa

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