L’école inclusive : notre réalité

Je n’ai longtemps juré que par l’école inclusive, en me disant que c’était la seule solution pour que Léa apprenne à vivre dans un monde de neurotypiques qui, probablement, ne lui fera pas de cadeau. Et qu’au fond, mieux valait s’y habituer tôt.

La vérité, c’est qu’au fil des mois, malgré son étonnante capacité d’adaptation, j’ai vu sa souffrance et son incompréhension grandir. Les pleurs ont disparu, mais les morsures sont apparues, avec de grandes frustrations. Et au-delà d’elle, il y avait aussi la souffrance des enseignants : dépassés, sans moyens, incapables d’adapter leur enseignement au-delà d’une classe d’âge. Pour eux, Léa « ne comprenait juste pas », et surtout, elle n’avait pas sa place, faute de moyens pour accueillir ces enfants.

Nous avons fini dégoûtés de ce système. Léa semblait un fardeau, un poids pour l’équipe enseignante, une gêne dans une école obsédée par un programme où elle n’existait pas, et où l’idée d’adapter un parcours pour un enfant différent paraissait presque illogique.

Retour en France, dans ce nouveau décor, cette nouvelle région. J’étais anxieuse à l’idée de revivre le même très mauvais film. Les débuts compliqués ne m’ont pas rassuré. Malgré les difficultés qui ne disparaîtront pas, j’ai été touchée par le savoir-faire et l’implication du corps enseignant. Surprise aussi par la culture du handicap présente dans cette école.

Mais après une très courte lune de miel, rebelote. Une AESH pour deux élèves : ma fille a besoin de quelqu’un rien que pour elle, surtout qu’elle n’est pas encore habituée aux lieux. Et pourtant je ne la laisse que trois heures par jour. Chaque jour, je dois négocier le temps scolaire de Léa. Cela m’épuise.

L’école inclusive, je l’ai constaté, ne se décrète pas si facilement. Elle ne suffit pas toujours, elle ne résout pas tout. Mais quand elle se vit avec sincérité, moyens et volonté, elle devient autre chose qu’un slogan : une vraie rencontre, entre un enfant et son école.

Encore faut-il en avoir les moyens. Car malgré toute la bonne volonté du monde, personne ne peut se dédoubler.